Jacques Perconte
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  18 novembre 2010   document complet :: 5215 chars → 915 mots
109 CAT : CATALOGUE CR :: CRITIQUE
Charlet, Nicolas, festival Accè(s).
Dans la lumière

Manifeste éditorial tracté le jeudi 18 novembre 2010 lors de la soirée d’ouverture du festival Accè(s)

Depuis 10 ans, le festival accès(s) explore le champ émergeant des arts numériques, des pratiques amateurs aux recherches arts/sciences les plus pointues, les outils numériques sont omniprésents. La prolifération des écrans et des réseaux a bouleversé notre manière de vivre. La révolution numérique nous a fait entrer dans la civilisation de l’image et de la communication. Laquelle semble échapper là  tout système tant son énergie provient d’une démultiplication de flux immatériels. L’art numérique est une nébuleuse en perpétuelle expansion qui utilise des outils en constante mutation. Notre espace-temps n’est plus linéaire, il s’étire comme une eau tourbillonnante. 

L’hybridation technologique et artistique se développe très vite depuis une dizaine d’années serait-elle loin de notre vie ? Les nouvelles images, transverses, n’ont ni origine ni fin, elles procèdent d’une démarche industrielle qui exclut dans sa nature même la relation à  l’unicité, à  l’intimité, au mystère. Pourtant, le corps est bel et bien le lieu privilégié de l’expérimentation numérique. Il est question de vivre de nouvelles expériences, avec notre corps augmenté. Entre objectivité et subjectivité. Entre la machine et l’homme.

Notre présence au monde et notre conception de la vie sont désormais indissociables de l’intelligence artificielle. La véritable révolution r·est pas technologique, elle est anthropologique : l’homme n’est plus fasciné par la machine il l’a intégrée à  son mode de vie avec le téléphone portable, l’Internet, l’ordinateur. 

La question n’est plus de savoir si la vie et l’art sont concernés par la révolution numérique, moins bien de donner du sens aux usages numériques. Le problème n’est pas non plus identitaire : la spécificité des ‟ arts numériques ” (l’immersion, l’interactivité, la transversalité, l’instantanéité..) est une question périphérique. Elle occupe bien des esprits, mais elle divise et élude le coeur du sujet. Si tout a changé vite, il est indispensable de penser la mutation. Comprendre le sens de cette révolution. Quel regard portons-nous sur le monde ? Où allons-nous ?

Les artistes utilisent le langage et les codes ,de leur temps, mais de tout temps ils interrogent la vie, la mort, l’amour, le corps, l’espace, la lumière… Ces questions ont traversé l’histoire de l’art et l’histoire de l’homme. Elles restent d’actualité.

L’association accès(s) est résolument engagée dans cette voie. Nous invitons le public, tous les ans depuis 2000, à  s’interroger sur le sens de notre vie aujourd’hui à  l’ère numérique. Notre propos est étroitement connecté à  notre réalité quotidienne. Nous nous exprimons naturellement avec les nouvelles technologies, de manière décomplexée, sans euphorie.

Pour le dixième anniversaire d’accès(s), nous explorons durant une dizaine de jours la lumière. Question récurrente de l’histoire de l’art, au coeur de la création numérique aujourd’hui. La lumière par delà  l’image est onde, flux, énergie. Un champ énergétique où le réel croise le virtuel, la vision l’imagination. Lumière diffractée d’un mobile translucide figurant un son, lumière irréelle sortant des yeux d’un enfant pour éclairer un monde lunaire, mur de lumière rouge incandescent pulsé par une ambiance sonore industrielle, lumière couleur d’un paysage impressionné par la chaleur, le mouvement, la vie intérieure.

Ce n’est trois fois rien. Peu de chose… un point lumineux au milieu de l’océan. La présence improbable d’un phare au loin ou d’une luciole dans la nuit. La luciole apparaît et disparaît, à  l’image du souvenir d’un rêve. On croyait les lucioles disparues. La ‟ survivance des lucioles ”. Comme l’écrit Didi-Huberman n’est pas un miracle, elle est le signe d’un espoir, d’une possible résistance. Dans un monde aveuglé par les lumières de la guerre et de la consommation, il reste malgré tout quelque chose qui résiste, quelque chose qui n’apparaît que dans la nuit.


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