Jacques Perconte
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  7 novembre 2015   document complet :: 8131 chars → 1485 mots
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Tichá, Alžběta, Radio Prague.
Culture sans frontières Le cinéma documentaire français contemporain se montre à Jihlava
www.radio.cz/fr/rubrique/c...

« Souvenirs de Géhenne » et « Ettrick », deux films, l’un ancré dans le réel, l’autre dans la recherche sur l’image, qui témoignent de la production documentaire contemporaine en France et qui faisaient partie du panel de seize films en compétition dans la catégorie Opus Bonum du festival international du film documentaire de Jihlava, dont la 19e édition s’est achevée voici une semaine. 

[...]

 

Avec la société Triptyque Films, Thomas Jenkoe a entre autres produit en 2010 le film « Après le feu », une virée ferroviaire hypnotique et pixellisée. Son auteur, Jacques Perconte, pionnier dans l’exploration du potentiel esthétique d’Internet, est presque un habitué du festival de Jihlava, où il avait notamment présenté ce court-métrage. Il était de retour pour la 19e édition du festival avec son nouveau film, Ettrick, une œuvre expérimentale présentée comme « une plongée dans une terre textile », plongée à propos de laquelle Jacques Perconte s’est confié à Radio Prague sur son usage de la toile.

 « J’ai découvert Internet à un moment donné où il n’était pas très courant. En tant qu’étudiant en art, je me suis tout de suite demandé comment je pouvais l’utiliser pour mon travail. Mon cheminement était donc très simple. Je ne l’ai pas choisi, c’était une découverte. De plus, c’était une nouveauté et comme je ne connaissais rien et je n’avais jamais rien vu avec cela, j’ai cherché. »

Vous travaillez souvent sur les effets de l’image digitale. Comment procédez-vous dans la création d’un film et quelles sont vos techniques ?

 « D’abord, ce qui est très important, c’est le tournage. Je passe beaucoup de temps à tourner et je fais très attention à ce que je filme. C’est peut-être la phase que je préfère. Après, je travaille beaucoup sur les détournements de la vidéo numérique. J’utilise des chemins traverses, je ne fais pas des choses comme il faut. Et à force d’aller explorer un peu partout, j’ai découvert qu’il y avait un grand potentiel plastique dans le détournement de la compression vidéo. Je développe donc cette recherche plastique dans les expérimentations de la vidéo avec les ordinateurs depuis quelque quinze ans. »

Vous vous orientez vers les thèmes de la nature, de la technique… Quel est le lien entre ces thèmes et votre méthode ?

« Je ne reconnais pas dans l’image quelque chose de naturel. Dans un moment donné, il y a très longtemps, je suis entré en guerre contre les images et j’essayais d’abord de les détruire. Mais après, j’ai compris qu’au contraire je pouvais construire avec les images et que ce que je n’aimais pas, c’était les images qui se refusaient en tant qu’images. Je me suis alors mis à poser cette question de la réalité physique de l’image. En voyant mes films ou mes installations, les gens voient la relation qui se tisse entre l’image et le sujet sur lequel je travaille. Et en 2003, quand j’ai commencé à travailler avec la nature, il y a toute l’histoire de la peinture occidentale qui est remontée à la surface puisque l’on a très fort cette culture d’une expression plastique, picturale, de la nature. Quand on voit ces films, chacun retrouve ses influences. Le nombre de peintres qui ont été cités par rapport à mon travail est assez étonnant. Les impressionnistes, par exemple, reviennent toujours mais chacun va retrouver dans mes œuvres les peintres qu’il aime bien. Et cela est très amusant. La relation entre le numérique et la nature est donc à la fois dans le « réloignement », dans l’impossibilité à coexister, et dans la relation nouvelle affirmant que l’image de la nature, ce n’est pas la nature. »

Votre dernier film présenté au festival du film documentaire à Jihlava s’appelle Ettrick, le nom de l’endroit en Ecosse où il a été tourné pendant trois ans. Comment est née l’idée d’aller en Ecosse et de tourner un film là-bas ?

« J’ai d’abord été invité par un festival. Quand j’y suis allé, j’ai découvert également la région et les gens. J’ai beaucoup aimé le rapport entre la brutalité de ces paysages et la douceur de leurs habitants. J’ai filmé un peu déjà la première fois et cela m’a donné envie de revenir. Je suis donc reparti une semaine, j’ai revu les mêmes gens, on est devenu un peu plus amis… Cela s’est poursuivi pendant trois ans. Il y a un peu plus d’un an, je me suis rendu compte que ce film allait être un film long, un peu plus important que la plupart des films que j’ai faits et qui ouvre aussi beaucoup plus la question documentaire dans mon travail tout en restant un film expérimental dans lequel les choix ne sont pas liés à des standards. C’est-à-dire que ce n’est pas vraiment un film expérimental et ce n’est pas vraiment un documentaire. »

Pendant les éditions précédentes, le public a pu assister à la projection de plusieurs de vos films, comme ‘Les Moutiers’ ou ‘Après le feu’. Qu’est-ce qui vous motive à revenir à Jihlava ?

« C’est l’un de mes trois festivals préférés. En fait, je suis venu pour la première fois l’année dernière alors que mon premier film a été programmé en 2008. J’avais arrêté de voyager dans les festivals pendant quelques années parce qu’en voyageant dans les festivals, on ne fait pas de films. J’avais donc un peu arrêté les rencontres et j’ai recommencé, il y a deux ans. Je suis venu à Jihlava quand ils m’ont invité l’année dernière parce qu’ils avaient programmé beaucoup de mes films, celui-là est le septième, et j’avais alors envie de rencontrer tout le monde. J’étais très agréablement surpris d’un côté par le professionnalisme et l’importance du festival mais aussi par la dimension informelle qu’il peut avoir et la facilité avec laquelle on rencontre des gens ici. J’étais très impressionné aussi par la multiplicité des types de public puisque c’est un ancien festival d’étudiants, donc il y a toujours beaucoup d’étudiants, mais il y a aussi beaucoup de cinéastes, beaucoup de professionnels et il y a également des gens du coin qui se mélangent un peu dans les séances. Je trouvais donc cette expérience très riche. »

On peut alors espérer vous revoir l’année prochaine ?

« Sûrement oui. » 





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