Jacques Perconte
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  5 octobre 2015   fragment du document :: 3515 chars → 565 mots
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Burident, Margot; Pawlak, Grzegorz , Les chantiers de la création.
Images instrumentales, une dynamique du temps réel numérique
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Cette approche peut faire écho à l'idéal de l'artiste-ingénieur tel que l'on peut le trouver dans le constructivisme russe, où l'inventivité visuelle rejoint l'ingéniosité de la conception d'outils uniques adaptés à l'univers visuel de l'artiste. Les images et les sonorités créées par Usaginingen donnent à voir leur instauration sur l'espace scénique, en synchronie avec les actions effectuées par les deux performeurs devant le public, ce qui donne une impression de réalité et une profondeur supplémentaires aux microrécits qu'ils élaborent : deux régimes de représentation qui se superposent.

L'incorporation d'outils conçus par les artistes peut aussi prendre la forme du développement de modules logiciels spécialisés. D'ailleurs, les premières interfaces logicielles entièrement dédiées au VJing ont été développées par des performeurs pour répondre à leurs propres besoins, pour être ensuite diffusés à plus grande échelle. L'artiste Jacques Perconte explore depuis plusieurs années l'esthétique du glitch6 et de la dégradation de l'image numérique au moyen de programmes qu'il crée pour justement générer des bugs, des anomalies et des artefacts dans l'encodage des séquences qu'il emploie. Il expérimente également ce type de processus en temps réel, au moyen de performances accompagnées par des musiciens sur scène7. Qualifié d'impressionniste de l'art vidéo, Perconte affectionne les paysages et la captation de vues issues de ses voyages qu'il retravaille ensuite comme des textures dynamiques.

C'est dans une certaine épaisseur de l'image numérique que les outils de Perconte pénètrent, déclenchant des processus de métamorphose calculés par l'ordinateur, mais complètement imprévisibles pour l'utilisateur ou le spectateur. L'image filmée entre en friction avec des strates de défauts potentiels, des portions de données concomitantes qui viennent éclore à l'écran comme des fleurs fluorescentes.

Les artefacts qui émergent dans les objets médiatiques ont aujourd'hui intégré la palette d'effets et de signes à détourner par l'artiste ; ils ont de plus une dimension ironique, car ils sont un produit artificiel généré par un objet numérique en cours de gestation artificielle lui aussi. L'éventuel emploi de ces artefacts repose pour le moment sur une part aléatoire et expérimentale, mettant en jeu la compréhension de l'abstraction relative du langage informatique et le détournement de ses failles, pour amplifier leur portée esthétique. C'est un processus qui lie une combinatoire relevant par moments du bricolage à l'intérieur même de l'outil de création, à une recherche formelle passant par la reconfiguration structurelle du support numérique, un matiérisme de l'erreur et de l'imprévisible répondant aux lois des combinaisons électroniques.


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