Jacques Perconte
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  11 mai 2015   fragment du document :: 3483 chars → 609 mots
026 LIV :: LIVRE CR :: CRITIQUE
Pireyre, Raphaëlle, Critikat.
Un grand saut dans le vide
www.critikat.com/panorama/...

12es rencontres européennes du moyen métrage de brive

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M (Madeira) : l’artifice de la sensation

Paradoxalement, le film expérimental de la sélection n’use pas, lui, de la pellicule comme matériau de travail, mais l’image numérique. Jacques Perconte a réalisé M (Madeira) alors qu’il était l’invité du Madeira Film Festival. Portrait documentaro-expérimental de l’île, le film est constitué de plans d’ensemble fixes qui embrassent le paysage et effectuent progressivement le tour de l’île.

« Je joue avec et contre la technologie », dit Jacques Perconte. C’est en combinant ses images encodées de différentes manières, en les compressant et décompressant qu’il les transforme, en faisant ainsi une matière première aussi malléable que la peinture.

La distorsion de l’image, triturée numériquement, la détourne de son unité pour en faire un ensemble composite de couleurs et de pixels. Proches d’une représentation cubiste, le paysage prend une profondeur, un mystère qui redonne à chaque succession d’un plan à un autre, à travers des fondus enchaînés [1], tout son sens au mot apparition. Avec un effet d’attraction foraine, le passage d’un plan à un autre suscite une curiosité, une attente, un émerveillement qui font penser aux murmures des premiers spectateurs du cinématographe Lumière : « même les feuilles des arbres participent au spectacle ».

Dans son périple autour de l’île, Perconte a longuement cherché le cliché qu’il avait en tête avant son séjour, celle des paysans qui cultivent les champs en terrasse. Mais le rythme des festivaliers n’étant pas celui de l’agriculture vivrière, il lui fallut longtemps pour les trouver. De fait, la présence des hommes se fait attendre dans le film qui n’offre d’abord que des tableaux de champs, fixes, mais mouvants qui évoluent dans leur durée comme dans les variations que produisent la pixellisation de la surface de l’image. Ramenés sur un même plan par le jeu des fondus enchaînés, les hommes et la terre qu’ils travaillent ne font plus qu’un, finissent par fusionner dans le regard du spectateur.

L’artifice de la reconstruction du paysage, de la bande sonore, elle aussi retravaillée à partir de matériaux composites, et l’apparition des paysans qui façonnent la terre construisent un système de sensation démultipliée du paysage.

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[1Après publication de ce compte-rendu, Jacques Perconte apporte les précisions techniques suivantes : "Il n’y a aucun fondu enchainé dans mon film, ce ne sont que des glissements de plans dus à la compression vidéo manipulée. Ainsi les images d’un plan nouveau émergent par le mouvement des éléments de l’image parmi les artéfacts du plan précédent. On peut avoir l’impression que ce sont des fondus. Mais dans la réalité, ce sont des cuts « perméables "


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